Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Tests de Caméras et d'APN / Diaporamas Photos / Courts Métrages

05 Jul

XAVC-S vs AVCHD

Publié par Mathias Chassagneux  - Catégories :  #codec, #vidéo, #hd, #a6000, #xavc-s, #avchd

La mise en avant du format XAVC-s chez Sony

 

 

Je profite  de la mise à jour du firmware 2.0 du Sony A6000 (ILCE-6000) , ajoutant notamment le support de l'XAVC-S, pour rédiger cet article (Août 2015).

NB : la version 3.10 est aujourd'hui disponible (avril 2016). Cette mise à jour est vivement conseillée, car elle améliore l'autofocus (nouvel algorithme) et le temps de démarrage est un peu plus rapide. Par contre, elle n'apporte rien de plus concernant la qualité de l'image en mode vidéo.

Depuis 2014, la quasi-totalité des APN et caméras Sony grand public a adopté ce CODEC, en plus de l'AVCHD, toujours présent.

Malheureusement, selon moi, le constat est que peu de forums ont réussi, en images, à en démontrer l'intérêt concret.

Je vais tenter de remédier à ce problème dans mon article, que j'ai voulu le plus complet possible.

Dans ma comparaison entre le XAVC-s et l'AVCHD, j'ai mis des photogrammes en exergue dans deux diaporamas, afin de permettre à tous ceux qui n'ont pas le temps de me lire, de constater visuellement les différences d'un CODEC (méthode de compression des données) à l'autre.

Mais qu'apporte donc ce nouveau format, me direz-vous ?

1. Quelle(s) différence(s) y-a-t-il entre l'AVCHD et le XAVC-S ?

Une idée reçue sur les CODEC

Une idée reçue consiste à penser qu'un CODEC lambda va offrir la même qualité d'encodage d'une caméra à l'autre (voire d'une marque à l'autre), sous prétexte qu'il répond au même cahier des charges, et que le même logo trône en évidence sur le boîtier (XDCAM, AVCHD, XAVC-s, etc.).

Eh bien, pour ceux qui ne le savaient pas encore : il n'y a rien de plus faux !

Je vous donne deux exemples, que chacun peut vérifier :

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les DVD ou les Blu-rays commerciaux étaient souvent bien mieux encodés que ce que vous parvenez à réaliser chez vous, depuis votre logiciel de montage, même en optimisant tous les réglages disponibles ?

Ce que vous ne savez put-être pas, c'est que les CODEC sont constitués d'algorithmes extrêmement complexes, et que ces algorithmes peuvent être plus ou moins bien optimisés en fonction de la puissance de calcul  du processeur  embarqué dans  la caméra, voire de sa génération, ou de sa destination (pro vs grand public).

Si bien que certaines caméras (ou APN) offrent de bien meilleurs rendus vidéos que d'autres, à capteur égal (Sony fournit ses capteurs à NIKON et PENTAX), grâce à un traitement du signal et à une implémentation plus aboutie du CODEC.

En outre, le débit des données n'explique pas tout. Canon a, par exemple, été l'un des premiers fabriquants à promouvoir le CODEC H264 (celui que l'on retrouve dans l'AVCHD et le XAVC-s) dans ses célèbres 5DMK2 et 7D, dès 2009. A l'époque, le débit vidéo moyen avoisinait les 44MBIT/s, soit le double de l'actuel AVCHD 1080p25. Pourtant, l'image ainsi générée était bourrée d'artefacts et de banding !

Tout cela pour vous signifier qu'une meilleure implémentation d'un même CODEC permet, dans ce cas, d'améliorer sensiblement la qualité du signal, tout en divisant par deux le débit ! Pour reprendre mon exemple, l'AVCHD des caméras Sony actuelles (notamment grâce à l'utilisation de l'algorithme CABAC que nous étudierons plus loin), même à 24Mbit/s, supplante largement celui du 5DMK2, à 40MBIT/s ! La puissance de calcul y est pour beaucoup : le processeur du 5DMK2 -le DIGIC 4-, conçu essentiellement pour la photographie, devait effectuer de nombreuses approximations dans les calculs afin de suivre la cadence. Le nouveau DIGIC 6, qui équipe le 7DMK2, ne rencontre plus ces problèmes, et sa puissance de calculs débidée lui permet de se concentrer, à la fois sur un traitement du signal efficace, ET sur un encodage de qualité.

Faites-moi confiance, ce préambule vous servira à mieux appréhender ce qui va suivre !

 

Tour d'horizon des réseaux sociaux

Coup de gueule sur les tests vidéo en streaming

Avant de tourner mes premières images en XAVC-s, j'ai d'abord fait un petit tour du web à la recherche d'un comparatif vidéo fiable, qui comparerait, sans discussion possible, les différents CODECS qu'offre maintenant l'A6000, notamment l'AVCHD et XAVC-S.

Après avoir visionné deux ou trois exemples, Je me suis rendu compte -à grand regret-, qu'il était fort compliqué, voire impossible, d'apprécier les potentiels apports d'un codec sur un autre, à partir d'une vidéo en streaming.

Pour ceux qui l'ignoraient, un streaming résulte d'un premier export vidéo provenant du logiciel de montage (étape peu destructive, si l'on sait manier les codecs), qui sera réencodé à son tour pour devenir compatible avec la technologie des serveurs de diffusion (Flash, Html 5, Silverlight, etc.). Cette ultime conversion, effectuée en temps réel au moment de l'upload (quand on envoie sa vidéo vers le serveur), est volontairement très destructive, entraînant un fort lissage des textures et l'apparition d'artefacts. Malheureusement, on ne peut l'éviter (processus automatique, non paramétrable par l'utisateur), car les serveurs de diffusion (Youtube, Vimeo, ou DailyMotion) veillent à limiter au maximum le débit des données, afin que le plus grand nombre d'entre nous puisse y avoir accès, malgré les restrictions de bande passante dans certaines zones. Il y a, en outre, une problématique de coût de stockage et de saturation des serveurs...

Malheureusement, nos chers testeurs en herbe oublient souvent -ou ignorent purement- l'existence de ce maudit transcodage ! A force d'utiliser le streaming à haute dose pour réaliser ces tests, certains démonstrateurs parviennent même à  persuader des forums entiers de la supériorité du mode vidéo d'un téléphone sur celle d'un Alpha 7S, en s'appuyant sur un montage vidéo bourré de blocking et autres artefacts !

Coup de gueule sur Final Cut Pro X (FCPX)

Et que dire de ceux qui montent -encore !- sous FCPX, logiciel qui transcode systématiquement nos fragiles rushes (H264 ou tout autre format) en PRORES, avant de nous en autoriser le montage. On perd ainsi une génération supplémentaire sans rien avoir demandé à personne ! D'où les nombreux forums consacrés au XAVC-s, où des FCPXistes décrient largement ce nouveau format, car "il est impossible de voir la différence avec l'AVCHD" ! (sic). Le pire, c'est qu'ils ont absolument raison : sous FCPX, il est rigoureusement impossible de voir une quelconque différence !!!

Je m'explique : pour la petite histoire, PRORES est un CODEC destructif, malgré ce que l'on peut entendre ici et là. Pour sa défense, je reconnais qu'il est basé sur les images Intra, afin de limiter la perte de qualité des textures lors des changements brusques de plans. Malheureusement, ce CODEC est connu pour adjoindre une sorte de grain à l'image, aussi appelé effet "mosquito" ("pattes de mouche", pour garder l'expression française). Le résultat est que cela amplifie, voire généralise le mouchetage autour des zones à hautes fréquences, comme les textes écrits en petits caractères, ou tout autre motif complexe. En outre, cela forme une texture, qui masque le blocking  (les blocs de pixels de même teinte formés par le CODEC, quand la bande passante est trop faible) ! Si bien qu'une fois convertis en PRORES, l'AVCHD semble aussi bruité (et pourri) que le XAVC-s.

 Apple a choisi cette technologie avec raison... mais c'était à une époque révolue, où les ordinateurs étaient bruyants et poussifs ! En effet, les vidéos ainsi converties sont théoriquement beaucoup moins complexes à décoder que celles issues de nos caméras (comme le H264, qui est souvent basé sur un GOP complexe).

Donc, au prix de beaucoup d'espace disque, on peut accélérer quelque peu le montage. Mais c'est vrai uniquement si l'on oublie le temps et l'espace disque qu'il a fallu consacrer à la conversion des rushes en PRORES ! Depuis quelques années, toutes les cartes graphiques qui se respectent, prennent en charge nativement le décodage matériel de tous les codecs récents (notamment le H264, voire le futur H265), ce transcodage préventif n'a plus vraiment d'intérêt à mon sens... Apple a semble-t-il misé sur le mauvais cheval... et ne s'est toujours pas remis en question.

D'où mon interrogation : reste-t-il encore des programmeurs sous le pommier ?

Pour mémoire, ils avaient pourtant déjà fait la même bourde avec leur framework propriétaire nommé Quicktime, compilé en 32 Bit (d'où la lenteur des encodages, qui n'ont pas accès aux registres mémoire 64 BIT, pemettant de traiter deux fois plus de pixels par cycle d'horloge), qui était imposé aux Poires utilisateurs de la Pomme, contre vents et marées. Dans les précédentes versions de FCP, il était impossible de monter en utilisant d'autres conteneurs que le .MOV (adieu aux AVI, MP4, MPEG, MXF, etc.). Tout devait déjà passer par un transcodage sous Compressor (logiciel de conversion vidéo!

En résumé, ces limitations volontaires expliquent, en partie, l'abandon progressif de ce logiciel de montage par les professionnels... Mais c'est une autre histoire !

 

Le format AVCHD

Présentation

Ce format fait appel au codec H264 pour la partie vidéo et au codec Dobly AC-3 pour l'audio. L'encapsulation des flux audio, vidéo, et Time-Code, se fait en MTS (Media Transport Stream). Les fichiers MTS ne peuvent dépasser 2Go, afin de rester compatibles avec le standard FAT32, toute une arborescence de fichiers et dossiers est créée (qu'il faut absolument conserver pour le montage !), afin de permettre la reconstruction -sans drop- des flux dépassant les 2 GO.

Il existe plusieurs niveaux de définition (720p, 1080i, 1080p), de débit (17MBIT/s, 24MBIT/s, 28 MBIT/s), et de fréquence d'images (24, 25, 30, 50i, 50p, 60i, 60p).

NB : l'accès aux cadences 24p/30p/60i/60p se fait en changeant le mode vidéo de PAL (Europe) à NTSC (USA).

 

Voici ce que dit MediaInfo pour le format 1080p25@24MBIT/s :

Media Format : BDAV (Blu-ray Video)

Overall bit rate mode : Variable

Overall bit rate : 19.6 Mbps / Maximum Overall bit rate : 24.0 Mbps

Format : AVC (Advanced Video Codec)

Format profile : High@L4 Format settings

CABAC : Yes / Format settings / ReFrames : 2 frames

Bit rate mode : Variable Bit rate : 18.5 Mbps Maximum bit rate : 22.0 Mbps

Width : 1 920 pixels / Height : 1 080 pixels / Display aspect ratio : 16:9  / Frame rate : 25.000 fps

Color space : YUV / Chroma subsampling : 4:2:0 / Bit depth : 8 bits

--------------------

Audio Format : AC-3

Format/Info : Audio Coding 3 / Mode extension : CM (complete main)

Format settings, Endianness : Big Codec ID : 129

Bit rate mode : Constant Bit rate : 256 Kbps

Channel(s) : 2 channels / Channel positions : Front: L R / Sampling rate : 48.0 KHz

Compression mode : Lossy

 

Les 24 MBIT/s annoncés sont largement exagérés. Ce débit n'est en fait jamais atteint, car une bande passante "de sécurité" semble réservée pour ajouter d'autres flux (proxy vidéo, nouveaux canaux audio ?). En pratique, on oscille plutôt entre 17 et 22 Mbit/s pour la partie vidéo (dans mon exemple, on est à 18.5 Mbit/s).

Etrangement, MediaInfo ne nous renseigne pas sur la structure du GOP, mais je pense qu'il s'agit d'une structure du type M=1, N=6 => IPPPPP (la même que celle de l'XAVC-s, soit 4 images Intra par seconde). Les images P(rédictives) sont basées sur deux images I de référence (ReFrames). Elles ne peuvent donc pas faire référence aux quatre images I contenues dans chaque GOP.

Heureusement, l'algorithme CABAC a été activé, ce qui permet d'optimiser la qualité du signal. CABAC (Context-adaptive binary arithmetic coding) s'oppose au CAVLC (Context-adaptive variable-length coding) de l'AVCHD, et s'avère 10% meilleur en moyenne, à débit équivalent.

 

En gros, cet algorithme permet d'optimiser l'encodage, avec une analyse plus fine de chaque zone de l'image. Il est plus gourmand en ressources, mais les processeurs Sony actuels (Bionz X), sont capables de le supporter.

Enfin, la partie audio est, elle aussi, très compressée (256 Kbit/s), avec un codec destructif (le Dolby AC-3), qui s'apparente au MP3. Le son est échantillonné en 16bit / 48Khz afin de rester compatible avec le standard Bluray.

Historiquement, ce format AVCHD a été étudié pour sa capacité à être transposable très simplement sur une galette Bluray, sans nécessiter de transcodage. Cela en fait un atout pour tous ceux qui désirent projeter leurs rushes tels quels. En gros, il s'agit plus d'un format de diffusion que d'un format de travail. C'est l'une des raisons qui explique que les professionnels rechignent à l'utiliser sur leurs tournages.

 

Voici ce que dit MediaInfo pour le format 1080p50@28MBIT/s :

Media Format : BDAV (Blu-ray Video)

Overall bit rate mode : Variable

Overall bit rate : 25.7 Mbps / Maximum Overall bit rate : 28.0 Mbps

Video Format : AVC (Advanced Video Codec)

Format profile : High@L4.2

Format settings, CABAC : Yes / ReFrames : 2 frames / GOP : M=1, N=12

Bit rate mode : Variable Bit rate : 24.4 Mbps / Maximum bit rate : 26.0 Mbps

Width : 1 920 pixels / Height : 1 080 pixels / Display aspect ratio : 16:9 / Frame rate : 50.000 fps

Color space : YUV / Chroma subsampling : 4:2:0 / Bit depth : 8 bits / Scan type : Progressive

Bits/(Pixel*Frame) : 0.236

---------------------------

Audio Format : AC-3

Format/Info : Audio Coding 3 / Mode extension : CM (complete main)

Format settings, Endianness : Big Codec ID : 129

Bit rate mode : Constant Bit rate : 256 Kbps

Channel(s) : 2 channels / Channel positions : Front: L R / Sampling rate : 48.0 KHz

Compression mode : Lossy

 

Au regard des chiffres, sur les 28Mbit/s annoncés, on n'atteint, en réalité, qu'une moyenne de 24.4 Mbit/s.

On note que le nombre d'images par seconde (50) à bien doublé, pour une augmentation de débit d'à peine 6Mbit/s par rapport au 1080p25 ! Il ne faudra pas s'étonner de la baisse de qualité globale des images dans ce mode (ce que nous verrons plus loin).

Pour réussir ce tour de force, le GOP a été allongé, passant de 6 images à 12 (IPPPPPPPPPPP). On conserve bien 4 images Intra par seconde (50/12=4.xxx), ce qui permet de ne pas faire exploser le débit (une image P pèse environ 3 fois moins qu'une image I).

On se retrouve ainsi avec 46 images P (soit 25 images P supplémentaires par rapport au flux 1080p25), qui devront se contenter de 6 MBIT/s de bande passante additionnelle, à se répartir entre elles.

L'idée, pour les ingénieurs de labos, est que plus il y a d'images capturées par seconde, moins la probabilité d'avoir une différence importante d'une image à l'autre est grande (c'est le principe du ralenti !). Cela explique pourquoi l'on a décidé consciemment de ne pas doubler le débit pour le 1080p50.

Mon avis ? C'est que la théorie des laboratoires est bien belle ! Je m'explique : cette doctrine oublie juste les phénomènes aléatoires que l'on retrouve dans presque chaque plan, notamment lorsque l'obturateur est réglé sur une vitesse rapide (1/100s, voire plus), figeant ainsi avec précision tous les détails de chaque image.

Mise à par l'augmentation du grain, inhérent à la montée en ISO du capteur (à cause de l'obturation plus rapide), certaines conditions de tournage, pourtant courantes, vont à l'encontre de la limitation du débit à cette cadence : la pluie (se transforme en une multitude de gouttes), la neige (des flocons par milliers), l'eau qui coule (une multitude de brillances aléatoires), le vent dans les feuilles d'arbres ou sur la fourrure d'un animal (des mouvements imprévisibles de textures complexes), la fumée (se dissipe aléatoirement), un feu d'artifices ou du feu (qui change de forme et de couleurs sans arrêt), etc.

En outre, ce mode n'est plus compatible avec la normalisation du Blu-ray. Il ne sera donc pas possible, sans transcodage, de générer un disque Bluray, qui n'est compatible qu'avec la normalisation 1080i50 (format entrelacé uniquement).

La partie audio, elle, reste identique à l'AVCHD 1080p25, soit le Dolby AC-3 à 256Kbit/s.

 

Le format XAVC-S

Présentation

Il s'agit du fameux nouveau standard imposé par Sony pour sa gamme d'APN et de camescopes grand public, depuis 2014.

 

Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici une petite vidéo (empruntée à son auteur, Andrew Reid), qui compare la dynamique de plusieurs appareils photos (dont l'Alpha 6000 !).

Cerise sur le gâteau, le test met en avant les prouesses du codec XAVC-s (à l'époque, uniquement disponible sur l'Alpha 7S), par rapport au mode RAW (non compressé !) du 5DMK3.

 

EOSHD Shootout - SONY A7S + 5D Mark III raw + Panasonic GH4 + Blackmagic Pocket + FS100 + A7R + A6000 from Andrew Reid on Vimeo.

 

Petit débriefing : Dans ce comparatif, l'A6000 est éliminé de la compétition assez rapidement, à cause de son soi-disant "manque de dynamique".

L'auteur est, selon moi, allé bien vite en besogne : le boîtier est visiblement configuré avec son profil standard, sans aucun réglage approprié pour accroître la dynamique, ce qui provoque une surexposition des zones claires de l'image.

Pour être fairplay, il est évident que, comparé à l'A7s, aidé son fameux profil "S-Log2" (qui n'est d'ailleurs pas le plus performant !), l'A6000 se situe un bon cran en-dessous dans tous les cas.

Par contre, je pense qu'avec les réglages appropriés, tels ceux que je fournis plus bas, l'A6000 gagnerait facilement un ou deux diaphs de dynamique, et aurait alors pu supporter la comparaison avec le GH4, grâce notamment à sa nouvelle arme secrète, l'XAVC-s, ce que suggèrent les mesures effectuées (en mode photo) par le site DXO :

http://www.dxomark.com/Cameras/Compare/Side-by-side/Sony-A6000-versus-Panasonic-Lumix-DMC-GH4___942_943

 

 

Quelle carte utiliser pour filmer en XAVC-s ?

Le XAVC-s se distingue de l'AVCHD par le biais de plusieurs critères qualitatifs, dont le principal est l'augmentation énorme du débit des données, qui passe à 50 Mbit/s.

Cela engendre un taux d'écriture soutenu, pouvant même atteindre, en pic, 60Mbit/s, ce qui met à rude épreuve les cartes mémoires.

 

Sony a donc décidé d'imposer un minimum requis pour accéder à ce format :

 

il faut que la carte SD réponde à trois critères :

1. Elle doit avoir une capacité d'au moins 64 GO. Cette limitation est incompréhensible, mais heureusement, le prix des cartes SD a beaucoup diminué !

 

2. Elle doit répondre -au minimum- au standard UHS-1 Class 10
 Traduction : 10 Mo/s sont garantis en écriture, ce qui permet d'encaisser tranquillement 60 MBIt/s, soit 60/8=7,5 Mo/s.
En pratique, je vous conseille l'achat d'une carte de la marque Sandisk, dans la gamme Extreme, dont les derniers modèles sortis répondent tous à ce standard.

 

3. Le formatage de la carte, quant à lui, devra être effectué en Exfat (et non plus FAT32), car les fichiers MP4 générés pourront dépasser la limite de 4Go imposée par le FAT32.

 

ATTENTION : méfiez-vous des cartes "Noname" ou "premier prix" (même provenant de grandes marques), car il arrive que le taux d'écriture affiché ne soit garanti qu'en débit moyen (ils jouent sur les mots), ce qui peut engendrer des coupures aléatoires de l'enregistrement, à chaque fois que le contrôleur mémoire -au rabais- de la carte SD sature...

 

Quels bénéfices escompter sur l'A6000 ?

Tout d'abord, MERCI à Sony d'avoir ajouté -un peu tardivement- le support du XAVC-s, sans quoi l'A6000 perdait beaucoup d'attrait vis à vis de la rude concurrence. A quelques jours près, j'ai moi-même failli craquer pour le Panasonic FZ-1000, qui filme en 4k, et mon A6000 a ainsi échappé à une vente précipitée sur eBay... Possédant aussi un Sony A7s qui a toujours bénéficié du XAVC-s, je n'ai jamais vraiment réussi à matcher les vidéos de l'A7s avec celles issues de l'A6000, notamment à cause des faibles capacités d'étalonnage offertes par l'AVCHD. C'était vraiment dommage, car l'A6000, selon beaucoup de vidéastes que je soutiens, est l'un des meilleurs APN (Appareils photos numériques, DSLR en Anglais) à capteur APS disponible actuellement sur le marché. Cela est dû, notamment, à son faible aliasing, à sa dynamique de 13 diaphs (ou IL : indice de lumination. En anglais, EV), et à sa sensibilité élevée (le bruit apparaît seulement à 1600 ISO), qualités propres aux capteurs CMOS EXMOR de chez Sony. En résumé, le traitement du signal de l'A6000 est vraiment excellent, et on peut aussi dire Merci au processeur BIONZ X, qui se charge de tout (correction des défauts optiques comprise !), sans trop vider la batterie ! J'ai eu la chance de pouvoir comparer l'A6000 au Canon 7D MK2 sur un rapide test, et, sans développer, il n'y a pas "photo" (lol) au niveau de la dynamique, de la sensibilité, et du rendu des couleurs, tous nettement favorables à l'A6000, comme le montre d'ailleurs -théoriquement- le site DXO :

http://www.dxomark.com/Cameras/Compare/Side-by-side/Sony-A6000-versus-Canon-EOS-7D-Mark-II___942_977

 

C'est ici que le XAVC-s entre en scène, car il permet de capturer un maximum d'informations de lumière, de couleurs, et de mouvements, avec un minimum décent -et optimisé- de débit (50 Mbit/s).

Historiquement, ce nouveau format a d'abord été conçu pour la vidéo 4K grand public. Le "s" (j'imagine pour (s)tandard) de XAVC-s vient le rappeler. Sur l'A6000, son utilisation est limitée au FHD (1920x1080 pixels), et le débit à environ 50 Mbit/s (bien qu'il soit variable et limité à 60 Mbit). Enfin, on reste bridé sur un format inter-image (et non intra), ce qui se comprend, vu le débit que Sony lui a associé. Dans sa version la plus "broadcast", le XAVC-s peut voir son débit monter à 150 MBIT/s et sa résolution à 4K, mais l'échantillonnage restera toujours bridé à 4:2:0 sur 8 bit.

L'encapsulation se fait maintenant en MP4, avec un fichier XML joint au flux, qui contient quelques informations utiles pour l'archivage (nom de la caméra, date, time-code, etc).

Il n'y a plus de limite de 2Go par fichier, ce qui va simplifier l'étape du montage et du stockage. En pratique, chaque plan est contenu dans un seul fichier, quelle que soit sa durée et sa taille sur le disque.

 

Voici ce que dit MediaInfo pour le format 1080p25@50MBIT/s :

Format : XAVC Codec ID : XAVC

Overall bit rate mode : Variable

Overall bit rate : 49.5 Mbps

Video Format : AVC (Advanced Video Codec)

Format profile : High@L4.1

CABAC : Yes / ReFrames : 2 frames

GOP : M=1, N=6 / Codec ID : avc1 Codec ID/Info : Advanced Video Coding

 Bit rate mode : Variable

Bit rate : 47.7 Mbps / Maximum bit rate : 60.0 Mbps

Width : 1 920 pixels / Height : 1 080 pixels / Display aspect ratio : 16:9

Frame rate mode : Constant / Frame rate : 25.000 fps / Standard : PAL

Color space : YUV / Chroma subsampling : 4:2:0 / Bit depth : 8 bits / Scan type : Progressive

Bits/(Pixel*Frame) : 0.920

Color range : Limited Color primaries : BT.709

Transfer characteristics : IEC 61966-2-4 / Matrix coefficients : BT.709

 

On n'est plus dans la même cour que l'AVCHD !

Première constatation :

le flux réel a beaucoup plus que doublé pour la partie vidéo : on passe de 18,5 Mbit/s à 47,7 Mbit/s.

Deuxième remarque :

le profile est passé de 4.0 à 4.1, afin de permettre l'augmentation du débit total jusqu'à 60Mbit/s.

En second lieu, l'algorithme CABAC  est toujours en oeuvre.

La structure du GOP (M=1, N=6 => IPPPPP) permet de constater qu'il y a 4 images Intra par seconde (soit une image réelle toute les six images). Il n'est pas fait recours aux images B (bidirectionnelles), mais seulement aux images P (prédictives), bien plus performantes (lorsque le débit le permet !).

Au niveau des optimisations que revendique Sony sur l'AVCHD, je cite :

"Le flux d'octets XAVC basé sur la structure KLV (Key-Length-Value) classique, que l'on retrouve dans le AVCHD. L'un des éléments clés de ce flux d'octets est l'intégration, image par image, des SPS (Sequence Parameter Set) et des PPS (Picture Parameter Set) au flux d'octets. Cela permet une optimisation dynamique de la qualité de l'image pendant l'enregistrement. L'encodeur XAVC dispose d'un mécanisme de préencodage qui permet d'optimiser l'utilisation des données relatives à la compression de chaque image ou flux de données."

En gros, si j'ai bien compris, il y aurait une meilleure utilisation du CABAC (un débridage, en quelque sorte) !

En tout état de cause, on a bien affaire à un format beaucoup plus professionnel, même si l'échantillonnage reste bridé à 4:2:0 sur 8 bit... En même temps, c'est ce bridage qui permet au XAVC-s de faire montre d'une si bonne tenue, car la simplification du signal avant sa compression, contient l'apparition du blocking et du lissage des textures sur les scènes complexes.

 

Un peu d'histoire :

A ce sujet, c'est un problème auquel était fréquemment confronté le format XDCAM 422 créé en 2003 par Sony, dont étaient dotées ses caméras broadcast. Le XDCAM 422 disposait du même débit que le XAVC-s (50 MBIT/s), mais était doté d'un codec Inter-image d'ancien temps, le MPEG 2, beaucoup moins optimisé que le H264 dans l'analyse des mouvements. Il en résultait un taux d'artefacts visibles très important, qui ruinait tout avantage qu'aurait pu procurer le 4:2:2. Ironie du sort, ces défauts étaient beaucoup moins visibles dans la version institutionnelle, le XDCAM EX, qui se contentait d'un échantillonnage 4:2:0, avec un débit de 35 MBIT/s.

On l'aura compris, le mieux est parfois l'ennemi du bien. Dans notre cas -pour bien faire-, Sony aurait dû doter le XDCAM 422 d'un débit beaucoup plus important (75, voire 100 MBIT/s)... mais à l'époque, les cartes et contrôleurs mémoire n'étaient pas encore prêts !!!

 

Pour revenir au XAVC-s, l'unique défaut de ce codec, étudié pour un usage grand public, reste la longueur (relative) du GOP (6 images, soit 4 images Intra par seconde). En fait, sans doute pour des raisons de compatibilité, il hérite du GOP de l'AVCHD 1080p25...

Heureusement, grâce à un débit 2,5 fois plus élevé, sur un plan fixe, la qualité sera préservée sur toutes les trames, un peu comme si le plan avait été tourné dans un format Intra-image (Cf. AVC INTRA). Mais dès que le plan subira des changements brusques et complexes de lumière, de couleur, et/ou de mouvements, on retombera dans les problèmes inhérents au Long Gop.

Relativement, ces pertes sont beaucoup plus mesurées que pour l'AVCHD, où l'on retrouve, même sur un plan fixe :

(1) les textures très vite estompées ;

(2) du bruit, qui se forme aléatoirement autour des zones complexes ;

(3) Les macroblocs, qui apparaissent sur les applats de couleurs ;

(4) du banding, qui est très souvent présent sur les dégradés.

 

On peut en conclure, qu'en plus du débit plus important dont dispose l'XAVC-s, le recours au CABAC optimisé SPS / PPS, permet -à peu de chose près- un maintien de la qualité pour chaque image, dans la limite de l'acceptable. 

 

2. Comparatif AVCHD / XAVC-S / JPEG (mode photo)

Afin d'éviter de filmer des plans différents, qui auraient empêché toute comparaison d'un codec à l'autre, je me suis contenté de filmer l'écran UHD (3840x2160 pixels) de mon ordinateur portable. Eh oui ! Ce que peu de gens savent, c'est qu'un écran LCD est composé de millions de pixels, définis à l'aide d'une grille microscopique. Et alors, me direz-vous ? Eh bien sachez que cette grille crée autant de zones de haute fréquence dans l'image capturée, ce qui la rend extrêmement complexe. En outre, tous les éventuels défauts d'aliasing et de moiré générés au moment de la mise à l'échelle (le downscalling) seront ainsi mis en exergue. Dans ces conditions, filmer un simple fond blanc peut à lui seul mettre à genoux le meilleur des codecs (généreration de blocking,comme nous le verrons) !

Pour revenir aux chiffres, la résolution d'une image vidéo n'étant au final que de 2 millions de pixels (1920x1080), filmer mon écran UHD a demandé un tour de force aux algorithmes pour résoudre l'équation permettant le passage de 3840*2160*3(RVB), soit près de 25 millions de photosites, à 2 millions de pixels codifiées en 4:2:0 sur une profondeur de 8 BIT par couleur primaire !!!

Quel fond d'écran choisir pour effectuer mon test ?

Afin que le test soit complet, j'ai opté pour l'écran d'un site Internet, comportant du texte, des graphiques, des dégradés, et une photo complexe : les nuages, qui fourmillent de zones complexes d'ombre et de lumière.

Afin de corser un peu le tout, j'ai profité du reflet d'une lampes sur l'écran LCD pour générer une zone de forte luminosité, ce qui permettra d'analyser la résistance des CODECS (et du capteur) aux hautes lumières.

 

Quels formats comparer ?

Comme il est bon de comparer ce qui est comparable, je me suis restreint à cinq comparaisons, en fonction des formats que j'utilise dans la vie courante.

J'ai donc exclu d'office le format 720p (il vaut toujours mieux filmer en 1080p avec l'A6000, puis monter ensuite en 720p, ce qui offre une possibilité de recadrage, et un piqué bien meilleur : on simule quasiment du 720p en 4:2:2) ; ainsi que les formats hybrides : anamorphiques (à pixels non carrés, tel le 1440x1080) et à faible débit, que je n'utilise plus jamais, depuis que les cartes SD de 64 GO coûtent moins de 20 Euros et que les capacités des disques durs se comptent en TO (TéraOctets) !

 

Les heureux élus sont :

1. Le XAVC-S 1080p25 (50 Mbit/s)

Mise à part le débit très important (50 Mbit/s réels), le son n'a pas été oublié, et est codé sans compression, en PCM 16BIT 48Khz stéréo, à 1.4 MBIT/S (mieux qu'un CD audio) ! Malheureusement, le microphone intégré à l'A6000 capte tellement de bruits parasites, que cela n'améliore pas la qualité audio. D'où la nécessité, pour les pros, de brancher un micro externe, qui permettra d'obtenir une prise de son de qualité !

Enfin, pour ceux qui tournent en 24p, je ne pense pas qu'il y ait trop de différence qualitative avec le 25p, le débit étant variable, il s'ajuste automatiquement pour maintenir une qualité d'image constante, quel que soit le framerate.

 

2. L'AVCHD 1080p25 (24 Mbit/s)

Le débit de 24 MB/s est largement exagéré, comme on l'a vu plus haut, et correspond plutôt à la limite de débit du fichier, tous flux confondus : vidéo, audio, timecode, etc. En pratique, on a un débit de 17 à 21 MBIT/S pour l'image seule. Le son est -très- compressé, en Dolby AC3 stéréo, à 256 Kbit/s.

 

3. Le XAVC-S 1080p50 (50MBIT/s)

C'est le même débit et le même codec que celui utilisé pour le cas n°1. Le son est lui aussi toujours codifié en PCM. Théoriquement, la vidéo devrait être deux fois moins bien définie que le 1080p25, mais "l'intelligence" du codec lui permettra-elle de maintenir une bonne qualité d'image ?

 

4. L'AVCHD1080p50 (28 Mbit/s)

Même remarque que pour le cas n°2 (l'AVCHD 1080p25) : sur les 28MBIT/S annoncés, seulement 25 Mbit/s, dans le meilleur des cas, sont mis à profit pour l'encodage de la vidéo. L'audio reste encodée en Dolby AC3 stéréo à 256 Kbit/s.

 

5. Le Jpeg (24 millions de pixels, en qualité FINE)

Comme vous le verrez, si vous deviez réaliser un film d'animation, c'est le format le moins destructif, même une fois réduit en qualité FHD (1920x1080 pixels), et de très loin !

A tel point qu'il n'est pas conseillé de mélanger des photos et des plans fixes d'un même lieu, provenant de l'A6000, dans un montage : les photos paraîtront beaucoup plus nettes et saturées que les vidéos, et l'étalonnage promet d'être compliqué !

 

Le paramétrage de l'A6000 avant le test

Afin de ne pas fausser la comparaison, j'ai effectué un paramétrage de l'A6000 optimal (selon mon expérience et les dizaines de forums que j'ai parcourus), et identique pour tous les exports, à savoir :

1. Optique SELP 1650 OSS à 16mm (équivalent 24mm). J'ai choisi cette optique, car c'est la plus courante, la moins chère, la plus légère, et qu'elle bénéficie d'un zoom motorisé ET stabilisé, qui rend bien des services en vidéo ! Ne vous fiez pas aux critiques, qui la décrient. Son piqué est excellent sur toutes les focales à f/8, et l'activation du zoom numérique de l'A6000 permet de passer, en mode vidéo, de la focale 24mm à 150mm (en équiv. 24x36mm) !

2. Stabilisateur et corrections automatiques des défauts de l'optique activés

3. Diaphragme réglé à f/5.0 afin d'éviter de subir le flou résultant de l'inclinaison inévitable de l'écran LCD par rapport à l'axe optique de la caméra (j'ai filmé à main levée). Cette valeur permet aussi de maximiser le piqué à cette focale.

4. Mise au point manuelle afin d'empêcher le pompage

5. L'obturateur a été réglé à 1/30s, valeur compatible avec le rafraîchissement de mon écran LCD (60hz), et permettant de lisser un éventuel défaut de synchronisation entre l'écran et l'obturateur de la caméra. 

6. Sensibilité réglée sur 100 ISO, pour éviter le bruit vidéo et maximiser la dynamique de l'image

7. Le profil colorimétrique a été réglé sur PORTRAIT -3 -1 -2

    (-3) correspond au contraste : cela permet de déterrer les noirs

   ( -1) correspond à la couleur : on abaisse légèrement la chrominance afin d'éviter de brûler les couleurs, car il ne faut pas oublier que l'on devra recontraster l'image lors de la postproduction.

   ( -2) correspond au piqué : l'A6000 donne par défaut une image trop détaillée avec la fâcheuse tendance à accentuer les contours. Cela engendre deux phénomènes : une augmentation du blocking (l'apparition des blocs de pixels résultant du débit des données limité par le codec) et/ou un effet mosquito (du bruit vidéo se forme à proximité des zones à fort contraste). Le tout donne à l'image un aspect très "vidéo". La valeur (-2) permet ainsi  au CODEC, à la fois de rendre l'image plus naturelle (notamment lors de la montée en ISO), mais aussi d'économiser de la bande passante, qui servira à améliorer la précision des aplats de couleurs et autres dégradés.

La courbe gamma obtenue permet de se rapprocher d'une courbe logarithmique, maximisant ainsi les informations situées dans les basses et les hautes lumières, favorisant ainsi les manipulations de post-production.

8. L'optimiseur de dynamique DRO a, en outre, été réglé sur le niveau 2, afin de déboucher légèrement les zones sombres. Le DRO peut être désactivé, si vous souhaitez éviter le bruit vidéo. Par contre, il faut veiller à bien éclairer ses plans, sinon les noirs risquent d'être légèrement enterrés.

9. Le correcteur d'exposition EV a été réglé sur -1/3 (on assombri volontairement l'image d'1/3 de diaph.), car j'ai remarqué que "l'exposition à droite" était très déconseillée sur l'A6000, dont la cellule est souvent optimiste ! Traduction : en exposition automatique, les blancs ont une fâcheuse tendance à cramer sans prévenir. Autant il sera possible la plupart du temps de déboucher les zones sombres, qui fourmillent de détails (et d'un peu de bruit !), autant les brillances sont vite brûlées, et compliquées à récupérer en post-production...  

 

3. L'analyse

Pour information, le test a été effectué sur Adobe Premiere.

Adobe Premiere permettant depuis toujours le montage des rushes en natif (pas de conversion des vidéos avant l'importation sur la timeline), on s'assure ainsi que l'export (effectué en PNG, format non destructif) conservera sa qualité originelle.

 

 

Le diaporama est composé de dix images : sur les cinq premières, j'ai zoomé 4 fois la zone centrale afin de mettre en avant les différences. Les cinq suivantes correspondent à l'export natif de la timeline de Premiere.

 

Echantillonnage / espace couleur / scalling / aliasing / moiré / compression

Pour ceux qui n'avaient pas encore compris à quoi correspondait l'échantillonnage 4:4:4 par rapport à du 4:2:0, il n'y a qu'à comparer le jpeg (5) aux captures vidéo (1 à 4) !

Bon, l'échantillonnage n'est pas le seul responsable de la piètre qualité de la vidéo par rapport à la photo : c'est avant tout l'algorithme de mise à l'échelle des pixels à qui l'on doit la forte dégradation, aussi bien du piqué, de la luminance, que et de la chrominance.

Pour résumer, le capteur de l'A6000 permet la formation d'une image électronique composée de 24 millions de photosites Rouges, Verts, OU Bleus, répartis sur une matrice de Bayer. Au final, le mode vidéo n'en retient que 2 millions par photogramme (composés de 1920x1080 pixels exactement). Un logiciel comme photoshop, applique des filtres complexes pour effectuer une telle opération de mise à l'échelle, et permet d'obtienir de très bons résultats grâce à ses algorithmes élaborés. En mode vidéo, le capteur de l'A6000 a déjà beaucoup à faire, et ne peut utiliser un algorithme trop complexe pour effectuer cette tache de scalling : il doit laisser tomber (ou simplifier) une grande partie des pixels de l'image (on parle alors de "line skipping" ou de "pixel binning"), afin d'assurer coûte que coûte un encodage de la vidéo en temps réel.

Autrefois, notamment chez Canon (le 5DMK2 pour ne pas le citer), le mode vidéo enregistrait "bêtement" les valeurs R,V, ou B d'un pixel tous les... 7 pixels, laissant totalement tomber les 6 valeurs intermédiaires ! Il en résultait un fort aliasing (effet d'escalier sur les lignes obliques) et du moiré sur les motifs complexes (les fausses couleurs ainsi générées étant dues à l'imprécision spatiale de l'échantillonnage).

 Que dire de la précision des couleurs primaires RVB, qui passe de 14 BIT en sortie de capteur (soit 2^14=16384 nuances possibles) à 8 BIT (2^8=256 nuances) en mode vidéo.

Tout cela est en outre bridé par l'espace couleur retenu pour le grand public, répondant à la dénomination ITU-R BT.709. Cet espace couleur vient limiter les valeurs de luminance et de chrominance RVB. Ainsi, sur une échelle de 256 valeurs (8 bit), une couleur primaire ne pourra prendre que les valeurs de 16 à 240. La luminance (Y) est limitée, elle, à des valeurs comprises entre 16 et 235 ! Les valeurs interdites (0-15 et 236-255) sont mises à profit pour codifier la synchronisation du signal. Je pense que ces limitations ont été fixées à l'époque du règne des écrans cathodiques, dont les tubes sur-réagissaient dans les situations de lumières extrêmes : les noirs décollaient lentement, puis brûlaient rapidement. Sur un signal électrique de 1v (la TV était analogique), on a donc décidé d'élever le niveau de noir à 300mv (qui correspond à la valeur 16 en numérique) et à baisser le niveau de blanc à 0,7v (240 en numérique). On hérite encore aujourd'hui des limitations de cette technologie ancestrale ! Et je ne vous parle pas du 1080i (standard du Blu-Ray), créé uniquement pour simplifier la mise à l'échelle (upscalling ou  downscalling) entre la SD (qui était entrelacée par défaut) et la HD ! Fort heureusement, le 4k et l'UHD n'ont conservé que le format progressif, en pixels carrés, avec un nouvel espace couleur beaucoup plus riche.

 

Sur l'A6000, Sony clame que le processeur BIONZ X serait capable d'effectuer le downscalling en temps réel, sans avoir recours au line skippingou au pixel binning. Pour ma part, je pense qu'ils jouent sur les mots : le traitement correct de 24 millions de pixels effectifs à la cadence de 24 à 60 fois par seconde, est actuellement impossible. Les ingénieurs ont sans doute trouvé une combine pour diminuer artificiellement l'aliasing. Toujours est-il que si l'aliasing a bien en partie disparu, la résolution (càd le nombre de pixels visibles ; à ne pas confondre avec définition, qui correspond au nombre effectif de pixels !) est loin d'être parfaite, ce qui montre que les calculs ont peut-être bien eu lieu, mais avec une très faible précision. N'oublions pas que l'on parle d'un boîtier à 600 Euros TTC !

Enfin, pour couronner le tout, entre en oeuvre le codec de compression destructif (AVCHD OU XAVC-S) -qui joue aussi bien sur l'échantillonnage colorimétrique, la compression spatiale et temporelle-, et supprime à son tour une bonne part des informations encore contenues à l'étape précédente !

On comprend mieux pourquoi il est si difficile d'obtenir un résultat professionnel avec ces petites caméras. Tout réside dans les réglages de l'appareil avant le tournage, ainsi que le judicieux choix des lumières et des décors, les mieux à même d'être restitués correctement par le codec. On l'aura compris, avec l'A6000, l'XAVC-S ne règle pas tout, et il vaut mieux éviter de filmer des scènes complexes, même en plan fixe ! On aura intérêt à jouer sur la profondeur de champ, et flouter tout ce que le CODEC ne saurait voir !

 

4. Les résultats

Le JPEG sont grand vainceur ! Même réduit au format vidéo FHD, il conserve une précision chirurgicale (il s'apparente en fait à du 4:4:4 sur 8 BIT), et retient beaucoup plus d'informations de couleurs et de lumière (Merci Adobe RVB !). L'étalonnage est devenu un jeu d'enfant !

 

En second, le XAVC-S 1080p25, qui conserve beaucoup de détails, notamment au niveau du graphique, ainsi que le rendu des nuages, plus précis. Les contours des textes sont dépourvus d'effet mosquito. Un étalonnage simple est possible, aussi bien en luminance qu'en chrominance.

 

En troisième,le XAVC-S 1080p50, qui s'apparente au AVCHD 1080P25, avec un peu moins d'artefacts et des couleurs un peu plus vives. L'étalonnage est toujours possible, mais plus délicat, surtout lorsque l'on monte en ISO.

 

En quatrième, l'AVCHD 1080p25 à 24 MBIT/s, qui montre ses limites sur ce type d'image fourmillant de détails. La grille du LCD disparaît par moments et des artefacts apparaissent souvent autour des lettres. Le graphique est à peine discernable par moment. L'étalonnage ne pourra être utilisé que pour masquer les défauts, et non pas pour embellir l'image ! En gros, la meilleure solution, quand on a une image dégueulasse, consiste à enterrer les noirs, cramer les blancs, et à booster les couleurs, façon Canon (je parle surtout de mon vieux 5DMK2) !

 

En cinquième, l'AVCHD 1080p50 à 28MBIT/s, qui procure une image plus terne, avec beaucoup d'artefacts et un manque cruel de détails. La grille LCD disparaît presque totalement au niveau des nuages. A éviter de toute urgence, notamment pour ceux qui voudraient réaliser des ralentis !

 

Conclusion

Les résultats que j'ai fournis ci-dessus sont fonction des images brutes, non retravaillées.

Si l'on devait effectuer une postproduction, on se rendrait compte de l'intérêt réel du format XAVC-S, qui encaisse beaucoup mieux les manipulations de lumière et de couleur, même si l'on reste sur un codec 4:2:0/8BIT.

Par exemple, les fondus au blanc ou au noir sont très purs et naturels. Le banding (apparition de bandes de couleurs unies sur un dégradé) est totalement absent, alors qu'il apparaît parfois sur les ciels bleus tournés en AVCHD.

 

Dernier exemple, pour conclure

J'ai effectué un zoom très important sur le reflet de la lampe, situé en haut à gauche de l'image, et j'en ai exporté les versions AVCHD 1080p25, ainsi que XAVC-s 1080p25.

 

 

Un regard averti percevra les -certes- infimes différences, au bénéfice du XAVC-s, qui prennent toute leur importance à l'étalonnage : les dégradés sont plus fluides, les artefacts sont moins présents, et les couleurs sont plus riches (on le voit notamment sur les couleurs orangées). Le "grain" de l'image, lui aussi, est constant, alors qu'il est lissé par endroits en AVCHD.

 

Au final, le XAVC-S ringardise définitivement le XDCAM HD à 35MBIT/s de ma bonne vieille Sony EX-1, et renvoie presque l'AVCHD aux oubliettes ! Pour la première fois, il est possible d'étalonner un plan sans pleurer. Dommage qu'il ait fallu attendre 2015 pour accéder à ce format. Vivement le HEVC dans nos caméras, qui va, à son tour, faire table rase du passé !

 

 

Pour aller plus loin

 

http://www.sony.fr/pro/article/broadcast-xavc-white-paper-1211

 

http://philipbloom.net/blog/a6000/

 

http://www.soundonsound.com/sos/aug10/articles/video-compression.html

 

http://www.videoeffectsprod.com/2011/07/qui-est-tu-prores-422.html

 

http://www.olympusmicro.com/primer/digitalimaging/concepts/binning.html

 

http://users.wfu.edu/matthews/misc/DigPhotog/alias/

 

 

 

 

Commenter cet article

herve 13/02/2017 20:52

Bonjour,
Très bon article, bravo pour votre travail. J'ai essayé de refaire vos réglage aujourd'hui, cependant je ne comprends pas les ISO à 100. Cela n'est valable qu'en pleine journée sinon même à f/4 voire f/5 on est vite en sous-ex ..non ? Ou alors j'ai zappé un autre réglage qui compense..:-))
Merci encore pour le partage de votre travail.

Kizgin 18/11/2016 00:44

Bonjour,
Je viens de découvrir votre article par hasard et je le trouve monstrueux. C'est tellement rare de trouver autant de détail dans un article rédiger en français. Félicitations à nouveau. Dorénavant je vais suivre votre blog de plus près. Je posséde pour ma part le Sony a7s ii. Si vous avez des conseils à donner je suis preneur.

Cordialement

Jessy 21/08/2016 13:33

Je tiens encore à vous remercier pour tout ce travail qui m'aide beaucoup dans mon "workflow"
J'ai aussi commencé à m'intéresser à Premiere pour abandonner FCPX. C'est surtout pour cette histoire, que je connaissais déjà un peu, de codec PRORES et ma copine qui ce plaint de l'espace dement que prennent ses projets quand elle utilise FCPX.
Quel est le comportement de Premiere concernant le XAVC-S?

Mathias Chassagneux 31/08/2016 21:26

Bonjour,
Merci pour vos remarques !
Adobe Premiere est parfaitement optimisé pour l'XAVC-S, à condition d'avoir une version récente du programme (CC2015), un processeur graphique optimisé, et une bonne quantité de mémoire vive.
Je m'explique :
La dernière mise à jour en date (août 2016 : CC2015.4) permet d'accélérer le décodage vidéo en s'appuyant sur les fonctionnalités matérielles des processeurs graphiques intégrés aux puces Intel (uniquement ceux dotés du QuickSync).
Bien entendu, si vous souhaitez profiter d'une accélération complète pour vos montages (encodage, décodage, et effets spéciaux), il vaut mieux posséder une carte graphique (GPU) récente de type NVIDA GTX 9** (ou les dernières GTX 10**), dotée d'au moins 1 GO de GDDR5, et d'un bus mémoire de 128 bits ou plus.
A savoir pour les cartes graphiques : c'est la largeur du bus et la quantité de mémoire graphique qui donneront les meilleurs résultats d'encodage, et non pas uniquement le nombre de shaders, qui ne pourront tous être activés si le bus est trop étroit !
Attention : ne tentez surtout pas d'overclocker vos cartes graphiques (fréquences GPU et mémoire) pour accélérer les encodages, cela se solde quasi-systématiquement par des artefacts, sans pour autant accélérer significativement le rendu.
Au niveau du microprocesseur (CPU), le plus important est le nombre de coeurs disponibles (l'hyperthreading est très bien géré), ainsi que la mémoire cache embarquée L1, L2, L3 (et non pas uniquement la fréquence du processeur !) : en gros, les Xeons seront toujours plus rapides sous Premiere que leur version grand public (Core i7), à fréquence et à nombre de coeurs égales.
La quantité de RAM est elle-aussi primordiale : plus vous aurez de RAM sous Premiere, moins vous planterez votre machine, et plus les rendus seront rapides ! En résumé, sur un gros projet, il vaudra mieux avoir une machine dotée de 32Go de RAM et d'un simple Core i7, plutôt que d'un Xeon 12 coeurs avec uniquement 8Go de RAM.
Au niveau du stockage, utilisez des disques externes connectés en USB 3.0 (ou mieux), afin de soulager le disque système. Enfin, préférez -de loin- les disques durs SSD aux disques durs mécaniques : là encore, un simple core i3 avec un disque SSD sera souvent plus rapide et réactif qu'un Xeon 12 coeurs avec un disque mécanique...
J'espère avoir répondu à vos questions.

jessy 09/04/2016 23:10

Wow!
Je viens de découvrir cet impressionnant article.
J'aimerais un conseil concernant logiciel de montage puisque vous avez carrément exécuté FCPX.
Et quand on a un budget limité , surtout qu'il me faut deux cameras, le A600 pourrait-il être à la hauteur pour un moyen métrage comparé à la BlackMagic pocket.
Merci!

Mathias 10/04/2016 11:42

Bonjour,
Merci pour vos remarques ! En ce qui concerne FCPX, ce n'est pas que je l'exécute, mais seulement que je le déconseille vivement aux réalisateurs ayant recours à des caméras utilisant des codecs destructeurs (AVCHD, XAVC-s, etc.), et soucieux de ne pas perdre une génération d'image avant le montage (et une partie de leur espace disque). FCPX, qui est très simple d'approche, peut très bien servir pour réaliser une première maquette d'un montage (les pros l'utilisent souvent en ce sens).
Pour votre seconde remarque : Alpha 6000 vs BlackMagic Pocket, la réponse est plus complexe. Si vous avez un peu de patience, et que vous ne possédez aucun de ces boîtiers, je vous conseillerai l'Alpha 6300, qui sort ces jours-ci, et qui filme en UHD (3840*2160) en XAVC à 100MBIT/S, avec une sensibilité améliorée d'environ 1 diaph par rapport à l'A6000 (pour environ 1000 Euros, le prix de la Pocket). Sinon, même l'A6000, relié à un enregistreur externe (Atomos), sort en 4:2:2 8BIT, offrant ainsi une qualité broadcast (voire l'XAVC-s, avec un peu moins de détails dans les couleurs) . En plus de la Pocket, le capteur de l'A6000 a une plus grande dynamique et une meilleure sensibilité, grâce à son capteur beaucoup plus grand. Cela permet un travail plus approfondi sur la mise au point (en gros, les flous (le bokeh) de l'A6000 seront plus jolis, à optique identique).
La Pocket permettra, quant à elle, de travailler en RAW (DNG), et l'on pourra ainsi recouvrer plus de détails dans les hautes et les basses lumières, sur les plans mal exposés...
En résumé, l'A6000 si vous avez un chef op. Sinon, la Pocket, si vous avez un étalonneur !

max 04/03/2016 02:18

merci article très intéressant.

À propos

Tests de Caméras et d'APN / Diaporamas Photos / Courts Métrages